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ARTICLE. Paru dans The Conversation : La vie a chevauché les météores. Prochain arrêt : xénobiologie

The Conversation


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Détail de Nuit étoilée, Van Gogh.
Cathrotterdam -/Wikipedia, CC BY-SA

Maurel Marie-Christine, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Sorbonne Universités et Michel Cassé, Commissariat à l’énergie atomique (CEA) – Université Paris-Saclay

« C’est bien possible que nous puissions faire des choses meilleures que Jésus, car ce qui est écrit sur lui dans la Bible est poétiquement embelli ». (Albert Einstein, cité dans W.I. Hermanns, « A Talk with Einstein », octobre 1943)

La xénobiologie évoquée dans notre commun ouvrage aurait pu aussi s’appeler vie artificielle, mais ce serait trop réducteur. De quelle loi le Soleil se chauffe-t-il ? E = mc2, le Soleil brille et transforme sa substance en lumière, il se dématérialise ! Au cœur de l’étoile se célèbrent des milliards de mariages élémentaires, nucléaires, entre protons, le cri de joie c’est la lumière, et cela fait sourire les petits enfants.

Sans le savoir, nous labourons la poussière des étoiles qui nous a été apportée par le vent et buvons l’univers dans une goutte d’eau de pluie, H20, H du big-bang et O des étoiles.

L’hydrogène faiseur d’eau date de 13,8 milliards d’années. H est le premier en tout : simplicité, vieillesse, abondance. Originel il sert de combustible aux étoiles.

C et O sont produits par la fusion de l’hélium dans les étoiles, N est un O manqué. P et S sont synthétisés par la fusion de l’oxygène. P est un S manqué qui a été détecté dans la queue de la comète Tchouri.

H, C, O, N et S et leurs composés sont partout présents dans les objets célestes.

Toute une chimie se concocte dans les nuages interstellaires, sur grains et dans les gaz. Les molécules s’engrainent sur les grains de poussière. La glycine fleurit. L’alcool est en vapeur.

La grande quête d’altérité cosmique engagée dans le cosmos depuis l’Antiquité se focalise aujourd’hui sur l’ADN. La Xénobiologie est l’étude des molécules de la vie créées par la biologie de synthèse. De ces formes étranges – acides nucléiques artificiels, acides aminés transmutés – émergeront peut-être des créatures inédites comme cela s’est produit il a près de 4 milliards d’années sur notre planète.




Vie marine.
Pro Image Photography /Unsplash

Les femmes et hommes de science réécrivent désormais le scénario de la vie et toutes les variations sont permises à la frontière du naturel et de l’artificiel.

Les astrophysiciens ont calculé leur rêve d’étoile. Les physiciens ont dompté électrons et photons au bénéfice de l’électronique, du hardware et celle-ci mariée au software (logiciels) à l’intelligence artificielle. Les chimistes ont domestiqué atomes et molécules pour les besoins de l’industrie et les biologistes, les acides nucléiques pour les atteler au char de la vie, les voici en passe de les créer, de leur donner vie, de pousser enfin l’altérité génétique.

A l’opposé sont les transhumanistes égocentrés qui souvent ne se préoccupent que de leur propre mort pour la rejeter à l’infini et jurent de briser les chaînes de l’évolution naturelle pour mieux la domestiquer et en prendre les rênes.

La xénobiologie est créatrice et altruiste, c’est là son insigne qualité, même s’il faut encore la prendre et l’apprendre avec un grain de sel.

Les mentalités cheminent mais les technologies galopent. Il est bon pour la démocratie de comprendre ce qui se trame sous les rubriques biologie de synthèse, xénobiologie et vie artificielle.

Personnellement, l’astrophysicien comprend mieux le soleil que lui-même. Il est dans la nature de la pensée de se préserver une part d’ombre, de pure intuition dans un bain de raison. Peut-on demander plus aux machines qu’à notre propre esprit ?

Le biologiste quant à lui, modeste par nature, avoue ne connaître que de 1 à 3 % de l’immense biodiversité terrestre qui ne représente elle-même que 1 millième de la xénodiversité qui a habité notre planète depuis la nuit des temps.

Le biologiste parle de vie avec allégresse, promesse d’avenir et de découvertes futures.

La synthèse des noyaux d’atomes a eu lieu dans les étoiles et celle des molécules dans les nuages, celle de la vie, on ne sait pas encore, mais on la soupçonne, non pas d’avoir inventé l’eau chaude, mais de s’y être complu.

Les molécules à cheval sur les météores ont plongé dans les petites mares chaudes…

Nous avons tenté de retracer l’origine et l’évolution des atomes, des molécules et de la vie, mais plus nous avons avancé (dans la vie) et plus la situation est devenue brumeuse, comme les pensées qui rodent au fond de l’inconscient. Le pas le plus hésitant est celui qui fait franchir à gué le torrent qui cascade entre non-vie et vie.

Nous avions à cœur d’embrasser tous les scénarios prébiotiques mais pas les jambes et nous nous sommes bornés à l’écriture d’un scénario prébiotique plausible (à la manière de Platon dans le Timée qui le déclare comte vraisemblable).

Lagons desséchés, petite mare chaude, sources hydrothermiques, glaces en poussière, impacts météoritiques, soupe, brouet, ou potage initial, qu’importe l’accident pourvu qu’on ait du sang et le balcon pourvu qu’on ait la vue.

VIE est la parole qui a convoqué dans ces pages la cosmologie, l’astrophysique, l’astrochimie et l’astrobiologie.

Indéfinissable, la vie évolue et sa définition également, c’est un processus en cours, une chaîne de réactions ne touchant, à notre connaissance, qu’une planète mais de nombreuses espèces. Elles ont en commun les Acides Nucléiques ADN et ARN et au cœur de la recherche présentées dans ce livre des AXN, acides xénonucléiques, d’hier, de demain peut-être.

Voici donc les prémisses possibles non pas de la « religion » cosmique, mais d’une ode cosmo-bio-philosophique, inspirées de la scrutation et de la lecture du monde par les sciences de la matière et de la vie.

Le bal de la chaleur est redonné dans chaque étoile. Sans étoile pas de Carbone, pas d’Azote, pas d’oxygène. L’atome porte au cœur le sacre de la brûlure. Il y a un feu d’enfer au cœur du Soleil mais sa face est sereine. Il y a de l’étoile et du Soleil dans le sucre (C + radical OH) et le miel, l’ADN et le sel (Na Cl)

C & O sont exhalés par les étoiles, fortes en arithmétique (4 est l’Hélium, Carbone 12 et Oxygène 16 = 3 fois 4 et 4 fois 4 :)

Na et Cl proviennent de Néon et Soufre par capture de neutron, eux même fils de madame Hélium, née Hydrogène.




Xénobiologie.
Maure et Cassé/Odile Jacob

Au prix de longues études et de pensées profondes, on peut nourrir l’espoir d’atteindre la compréhension de la nature cachée de l’univers. Cette sorte de recherche de lumières apparaît beaucoup plus solide que les autres activités religieuses exotiques ou parapsychologiques qui s’offrent encore aujourd’hui.

Le livre Xénobiologie, vers d’autres vies se termine par un merci sans limites aux collections naturalistes du Muséum National d’Histoire Naturelle qui nous offre son herbier et ses plantes de tous âges riches de molécules aux noms barbares qui nous livrent ainsi un tout autre parfum.

Maurel Marie-Christine, Professeur UPMC et chercheur ISYEB-MNHN : Origines de la vie et monde ARN, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Sorbonne Universités et Michel Cassé, Astrophysicien et poète, Commissariat à l’énergie atomique (CEA) – Université Paris-Saclay

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

par Administrateur - publié le